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Entretien avec Jean-Charles Naouri
15 juin 2010

J’avais dit l’an dernier que Casino n’était pas immunisé contre la crise et qu’il en subirait fatalement certains effets. C’est ce qui s’est passé en 2009, et cela rend la performance du Groupe d’autant plus remarquable.
Casino a pratiquement maintenu son chiffre d’affaires et dégagé une marge opérationnelle inchangée à taux de change et périmètre constants, ce qui nous permet de proposer un dividende en légère hausse. Dans un environnement très difficile, ce sont là des résultats de qualité.
"Malgré la sévérité de la crise,
notre marge est quasi-stable -
preuve supplémentaire de la résilience
de notre modèle économique."
notre marge est quasi-stable -
preuve supplémentaire de la résilience
de notre modèle économique."
Votre résultat opérationnel courant (ROC) a cependant reculé en 2009, ce à quoi vous n’avez pas habitué le marché… Est-ce inquiétant ?
Pas du tout ! Le ROC du Groupe subit en fait un retrait limité (2,5 % à périmètre et taux de change constants) compte tenu de la sévérité de la crise et, en pourcentage du chiffre d’affaires, il est quasi stable – preuve supplémentaire de la résilience de notre modèle économique.
Si l’on prend un peu de recul, on constate que Casino progresse plus que le marché en période de conjoncture favorable, et qu’il résiste mieux en période de crise. Cela démontre la pertinence des choix que nous avons faits au cours des dix dernières années : en France, une stratégie multiformat avec des positions fortes sur les segments du commerce de proximité (Monoprix, Franprix, Casino, Petit Casino, Spar, Vival) et sur le discount (Leader Price) et, à l’étranger, une présence significative mais concentrée sur des marchés très prometteurs (Brésil, Colombie, Thaïlande et Vietnam), où nous sommes leaders.
Ces pays, qui représentent un tiers de notre activité, ont d’ailleurs particulièrement bien résisté à la crise en 2009 et disposent d’un fort potentiel de croissance dans les années futures. Mesurez bien qu’ils représentent une zone de population de 400 millions d’habitants avec un accès grandissant aux biens de consommation.
"Au Brésil, le Groupe a doublé de taille
en moins de deux ans et réalise un chiffre
d’affaires supérieur à 15 milliards d’euros."
en moins de deux ans et réalise un chiffre
d’affaires supérieur à 15 milliards d’euros."
Vos activités au Brésil ont connu une très forte croissance ces dernières années. Quelle est la place de ce pays dans le groupe Casino ?
Le Brésil, par sa taille et son dynamisme, occupe naturellement une place importante dans notre stratégie de croissance.
Grupo Pão de Açúcar (GPA) est le leader de la distribution au Brésil avec un chiffre d’affaires supérieur à 40 milliards de reals en 2009 si l’on inclut les récentes acquisitions de Ponto Frio et Casas Bahia en année pleine.
Il s’agit ainsi d’un doublement de taille en moins de deux ans et d’un chiffre d’affaires supérieur à 15 milliards d’euros. GPA est le premier employeur privé du pays avec un parc de plus de 1 800 magasins et des perspectives de croissance très importante pour les années futures.
N’êtes-vous pas déçu par la contre-performance de Leader Price et par celle de vos hypermarchés, en dépit de votre travail sur ce format ?
Nous sommes convaincus que les transformations entreprises dans nos hypermarchés porteront leurs fruits. D’ores et déjà, nous nous félicitons que la bonne maîtrise des coûts ait permis de compenser, en partie, l’impact de la baisse de l’activité.
Nous pilotons attentivement les surfaces de nos hypermarchés pour accompagner le transfert du chiffre d’affaires de ce format, pour l’alimentaire, vers les magasins de proximité où nous avons une longueur d’avance, et pour le non-alimentaire, vers le commerce électronique, secteur dont nous sommes leader en France avec Cdiscount.
Les hypermarchés français ne représentent plus que 10 % de notre ROC. Quant à Leader Price, l’enseigne a été pénalisée en 2009, comme l’ensemble du discount, par la contraction des dépenses de ses clients plus directement touchés par la crise, mais elle a bien défendu sa part de marché et nous croyons plus que jamais au développement de ce segment de la distribution.
De plus, en 2010, nous allons renforcer la compétitivité de Leader Price et de Géant Casino par de nouveaux investissements tarifaires.
"En 2010, nous allons renforcer
la compétitivité de Leader Price
et de géant Casino par de nouveaux
investissements tarifaires."
la compétitivité de Leader Price
et de géant Casino par de nouveaux
investissements tarifaires."
Au-delà des aléas de la conjoncture, la distribution fait face à des bouleversements sociologiques majeurs. Comment vous y préparez-vous en France ?
Nous nous adaptons activement et très en amont aux nouvelles tendances de consommation. Notre portefeuille de concepts et de marques, orienté sur les formats de proximité et sur des marques propres innovantes, nous place même en situation tout à fait favorable pour en tirer parti.
Nous sommes leader en France en matière de marques de distributeur avec trois marques propres très puissantes – Casino, Monoprix et Leader Price – et qui ont une place prépondérante dans nos assortiments. Nous avons également acquis un savoir-faire inégalé sur le bio, dont la demande est croissante, à travers nos gammes à marques propres mais aussi via notre enseigne 100 % bio, Naturalia, qui connaît un fort développement.
Enfin, Cdiscount nous permet de capter une grande partie du chiffre d’affaires généré par le secteur du e-commerce non-alimentaire, lui aussi très porteur.
Vous affichez pour 2010 une posture très conquérante, mais… avez-vous les moyens de ces ambitions ?
Nous les avons. En effet, le Groupe a sensiblement renforcé sa flexibilité financière, d’une part, en dégageant en 2009 un free cash-flow en très nette hausse, d’autre part, en réalisant aux deux tiers son objectif de cessions d’un milliard d’euros d’actifs d’ici fin 2010.
Fin 2009, nous avons atteint avec un an d’avance notre objectif de réduction de la dette financière nette au niveau de 2,2 années d’EBITDA.
Cela montre que Casino a définitivement “digéré” les acquisitions stratégiques des années 2000. Outre notre solidité financière, nos ambitions sont soutenues par des programmes d’expansion très dynamiques en France sur les formats porteurs de la proximité et du discount et à l’international dans tous les formats, de l’hypermarché aux concepts de proximité qui séduisent une clientèle de plus en plus nombreuse.
Nous sommes donc, en 2010 et au-delà, en bonne position pour saisir de nouvelles opportunités de croissance ciblées.
Casino s’est vu attribuer par l’État en 2009 le “Label Diversité”. Quel sens cette distinction a-t-elle pour vous ?
Nous sommes le premier distributeur, et à ce jour le seul, à avoir reçu cette certification, ce qui constitue un motif de fierté pour toute l’entreprise.
Elle témoigne de l’ampleur et de la sincérité de notre engagement dans la durée en matière de prévention des discriminations et d’égalité des chances à l’embauche et dans les parcours internes.
Avec plus de 200 000 collaborateurs dans le monde, dont 76 000 en France, Casino rassemble une grande variété de compétences, de styles et de cultures. C’est là un ingrédient essentiel du succès de notre Groupe qui cultive la diversité dans sa gestion des équipes aussi bien que dans son offre commerciale.
Le groupe Casino, dirigé par Jean-Charles Naouri


